Tuesday, August 20, 2019
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Tous terrains

Dans "kop portois", le groupe de supporters de la Jeanne d'Arc, il faut surtout retenir le terme "portois". Il arrive en effet que les supporters de foot se déplacent pour d'autres terrains de sport.   En 2011,

Dans “kop portois”, le groupe de supporters de la Jeanne d’Arc, il faut surtout retenir le terme “portois”. Il arrive en effet que les supporters de foot se déplacent pour d’autres terrains de sport.

 

En 2011, les supporters du Panathinaikos (club omnisports d’Athènes), surtout connus pour être derrière leur club de foot, avaient fait tout un ramdam. Ils avaient en effet débarqué à deux mille dans le bassin olympique d’Athènes, pour supporter l’équipe du Pana de water-polo lors du derby face à l’Olympiacos. Banderoles, chants, fumigènes, tambours, porte-voix… Moment assez hallucinant pour qui connaît les ambiances feutrées des piscines. Les bougres sont des habitués : volley, basket, ils sont supporters des sports co’ du Pana avant d’être ceux des footeux.

Toutes proportions gardées – restons calmes, aucune ambiance, à La Réunion ou même en France, ne peut arriver à la cheville de ce qui se fait en Grèce – les supporters du Port ont le même esprit. Pas celui de craquer des fumigènes ni de bastonner les adversaires, mais bien d’avoir la faculté de changer de terrain. S’ils ne supportent pas le même club, ils encouragent en tous cas une même ville. Fait rare.

 

“on n’était pas tous des délinquants…”

 

Le “kop portois”, c’est d’abord le groupe de supporteurs de la Jeanne d’Arc, le club de foot phare du Port, depuis presque vingt ans. Avant, les tribunes du stade Lambrakis étaient quelque peu turbulentes. On a retrouvé dans les archives des journaux quelques histoires de bagarres ; on n’y venait pas vraiment en famille. “C’était chaud, oui, avant 1997, concède Tonino Marcel, président du kop depuis sa création. On a alors décidé de structurer les supporters, de ramener un peu de sérénité dans les tribunes. Ça a changé l’image que les clubs extérieurs avaient du Port, ils se sont rendu compte qu’on n’était pas tous des délinquants et quand on arrive dans un stade, on est super bien accueillis. Et qu’on vient sans méchanceté aucune.” C’est donc d’abord autour des terrains de foot que le “kop portois” s’est fait un nom. Pas le seul groupe de supporters à La Réunion, certes, mais le mieux structuré et sûrement le plus connu. Entre un maillot géant en finale de Coupe et les distributions de petits drapeaux mauves, le kop a su marque les esprits… et dépasser ses propres frontières.

Faisons un pas en arrière. Un pas de cinq ans. Et quittons aussi le stade Lambrakis pour le gymnase de Cotur, toujours au Port. Le filles du CS portois, le club de basket, jouent la finale du championnat de La Réunion face au BC Saint-Denis. Dans les minuscules tribunes d’un des plus beaux gymnases de La Réunion s’entassent une trentaine de supporters de la Jeanne d’Arc, armés de tambours, de drapeaux, d’écharpes. Le kop est là, ça se voit, ça s’entend. Et il ne serait pas uniquement fan de football… “Pour les autres sports, on a toujours répondu présents”, confirme Tonino. “Car on représente aussi la ville du Port. Quand une équipe, quelle qu’elle soit au Port, arrive en finale, elle représente aussi la ville. Elle permet de donner une image “positive” du Port, on essaie donc d’participer. Il ne faut pas se mentir, à La Réunion, Le Port a une image, disons… pas toujours très bonne. Malheureusement, on pense tout de suite aux jeunes délinquants… Nous, on veut montrer autre chose, on sait qu’il n’y a pas que ça. Aller aider dans les autres sports, mettre une bonne ambiance, ça participe aussi de cela.” L’ancienne présidente du club de basket du Port, Josseline Arnould, aime bien les voir arriver, les membres du kop : “On leur demande de passer, ils sont toujours d’accord ! C’est très gentil de leur part. Quand on a été championnes, en 2010, je pense franchement qu’ils y étaient pour quelque chose, ils ont fait du bruit ! Vous savez, au Port, on aime aussi quand c’est la fête, on se connaît un peu tous. Récemment, ils n’ont pas pu venir pour un de nos matchs, ils se sont excusés, c’est vous dire s’ils sont motivés.” Les habitudes sont prises, d’ailleurs, aussi avec le hand féminin, à qui il arrive aussi de jouer des finales. “On a hâte que le rugby en joue aussi, on ira !”, salive à l’avance Tonino qui, malgré tout, précise, que le kop “vient toujours, malgré tout habillé en mauve. On est le kop de la Jeanne, des Mauves !”

 

“Tiens, les revoilà !”

 

Revenons au foot, malgré tout. Et à ce match de Coupe de France, fin 2013, opposant, à Saint-Denis, Sainte-Marie au Paris FC. Dans les tribunes, tambours, maloya, et supporters en mauve. Tiens, les revoilà ! “La plupart du temps, ce sont les clubs qui, eux aussi, nous sollicitent. Quand il s’agit de la Coupe de France, où il n’y a plus qu’un club réunionnais en lice, on vient supporter La Réunion.” Pas si étonnant : le reste de l’année, la Sainte-Marienne a beau être une ennemie, elle n’est pas pour autant conspuée. C’est une autre des particularités du kop, celui de ne pas insulter les adversaires. “On est bon enfant. Nos idées de chant viennent de ce qui se fait en Métropole, à Marseille notamment, car je suis supporter aussi… On adapte un peu, on créolise parfois, on ajoute un peu de Maloya. On est Réunionnais, hein !” Réunionnais et bons animateurs. Il paraîtrait même qu’au Port, on vient aux matches de la Jeanne autant pour le foot que pour l’animation des tribunes. On vous en reparlera peut-être un jour.

 

 

Texte : L. C. / Photos : M. F.

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