Tuesday, August 20, 2019
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Tiens bon la barre

On a entendu dire que BuzBuz était parfois misogyne. Alors on est allés voir des pratiquantes de pole dance. Des commentaires ? Les sourires en coin, on n'y coupera pas. Sarah les voit, de toutes façons,

On a entendu dire que BuzBuz était parfois misogyne. Alors on est allés voir des pratiquantes de pole dance. Des commentaires ?

Les sourires en coin, on n’y coupera pas. Sarah les voit, de toutes façons, quand elle dit pratiquer le pole dance : “Immédiatement, on nous parle de strip-tease. C’est systématique. On doit expliquer pourquoi c’est une erreur.” Les jeunes femmes que nous avons rencontrées ont gardé leurs habits. Des tenues plus sûrement piochées au rayon sport que lingerie : le pole dance est sorti des bars.

Ne nions pas, d’abord, la parenté de l’activité avec les pratiques de débits de boissons. Elle a été créée par des danseuses de cirques ou de cabaret, en Amérique du Nord, perfectionnée dans les clubs de strip-tease, à l’époque où ils poussaient comme des champignons dans les années cinquante. Le pole dance a grandi avec Las Vegas.

Pour beaucoup d’entre nous, le premier souvenir visuel de danse autour d’une barre verticale, c’est une Demi Moore lascive en chemise d’homme dans le Striptease d’Andrew Bergman. Mauvais film qui ne vaut que par les performances scéniques de Moore, époque Proposition indécente et Harcèlement. Dans ce contexte de bars enfumés, de cadres friqués la bave aux lèvres, la symbolique phallique de la barre est transparente. Et le personnage que jouait Demi Moore se produisait bel et bien dans des boîtes à cul.

Or, BuzBuz n’est pas Newlook. Et le pole dance dont nous voulons vous entretenir n’a rien à voir avec ce que nous venons d’évoquer. Pas par excès de pudibonderie ; dans sa pratique désormais la plus commune, c’est un sport. Un vrai. D’ailleurs, on nous a donné rendez-vous dans une salle de sport à La Possession et non à l’Overside, à Saint-Denis.

Pour parvenir à cette petite salle parquetée, il a fallu traverser les haies de vélos elliptiques et les bancs de musculation. Ce jour-là, elles étaient trois à nous attendre, deux Sarah et une Geneviève, membres du Club pole dance 974.

 

La barre, on l’apprivoise.

 

Point de froufrous ; elles s’étirent au sol, longuement. “Faire du pole dance, c’est aimer souffrir“, rit une des deux Sarah ; “au début, on a des bleus, à cause de la pression de la barre sur certaines parties de la peau.

Le jeu peut être résumé facilement : “Maîtriser le lien entre le corps et la barre“, pour Geneviève. Elle continue : “C’est très technique, il faut savoir gérer les points de contact. Avoir de la force ? Oui, mais cela ne suffit pas.” On ne se bat pas contre cette satanée barre en inox, on l’apprivoise. On ne tourne pas autour, mais avec. Vouloir jouer des muscles serait une erreur. La pratique demande gainage, souplesse, équilibre… et confiance en soi. “Quand tu es en haut de la barre, tête en bas, et qu’il faut te lâcher, tu as intérêt à avoir confiance“, prétend Sarah, l’autre.

D’après ce que l’on a vu, la barre est un agrès. Comme la poutre, la barre fixe, les anneaux en gymnastique… D’ailleurs, le pole dance a ses propres compétitions, où il s’agit de présenter des programmes sur fond de musique, où un jury note les aspects techniques et artistiques. Pas étonnant que les instances internationales espèrent intégrer un jour le programme des Jeux olympiques. Pas étonnant, aussi, que tous les âges, tous les sexes s’y essaient. “La souplesse, ça peut s’acquérir, complète Geneviève. Il faut accepter de travailler, de souffrir de temps en temps d’être motivé. Comme dans n’importe quel sport.

 

Texte : L. C. / Photo : R. P.

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