Tuesday, August 20, 2019
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Sur les pavés, le hand

Streetball, street soccer ? À La Réunion, le sport de rue, c’est aussi un peu de handball. Et si on y réfléchit, ce n’est pas étonnant.   Venice Beach, Harlem, Le Champ-de-Mars… On vous parle ici de lieux où

Streetball, street soccer ? À La Réunion, le sport de rue, c’est aussi un peu de handball. Et si on y réfléchit, ce n’est pas étonnant.

 

Venice Beach, Harlem, Le Champ-de-Mars… On vous parle ici de lieux où bat le coeur du sport de rue. Et, en l’occurrence, le basket. D’ailleurs, et en général, le sport sur bitume est divisé en deux groupes distincts – qui, à Paris, finissent généralement par se mettre sur la figure : les pousse-cailloux du foot d’un côté, les dunkeurs de playgrounds de l’autre. D’un côté, donc, un sport historique, universel, et médiatisé depuis belle lurette ; de l’autre une activité ayant profité de l’explosion de la NBA au niveau international, et de l’arrivée dans les foyers des chaînes payantes. George Eddy a balancé dans la rue des millions de gamins.

Et puis, il y a La Réunion. Sur le bitume, il se passe autre chose : comme Miami et sa pelote, le Bronx et son double dutch, La Réunion fait office de petite poche de résistance face aux mastodontes basket/foot, avec son handball.

Direction donc le quartier dionysien de La Source. À quelques pas de là, le club de Château-Morange s’est fait construire un gymnase flambant neuf. Le quartier lui-même possède un club de première division – Lasours – et, pas loin, Joinville fait office de formateur mythique (Daniel Narcisse y a notamment fait ses gammes). De mémoire, on y joue au hand depuis des années ; Patrick Cazal, entraîneur de Dunkerque et champion du monde 2001 ne cesse de raconter ses souvenirs à longueur d’interview, lorsqu’il bousillait ses chaussures dans le coin, sur le dur goudron au lieu d’aller à l’école. Il reste, bien évidemment, des jeunes pour jouer au basket, et surtout au foot. La concurrence s’effectue avec les seconds qui ont eux aussi besoin de cages pour s’amuser. Le foot, c’est quasi universel. Ne nous y attardons pas.

Pour les jeunes, en revanche, le sport par lequel tout commence, et surtout dans cette sorte de “triangle d’or” nommé plus haut, c’est le hand. “Oh, il arrive qu’ils partent en effet vers d’autres sports ensuite, comme le foot, sourit à peine un des éducateurs de Lasours, Johny Nourry. Disons qu’en venant de ce quartier, ils sont presque obligés de commencer par jouer au hand.” Car outre les entraînements du club, le petit terrain de quartier se remplit de jeunes qui viennent se prendre pour les idoles. On y tente les gestes vus à la télé. Et d’autant plus lorsque l’on sort de championnats du monde où – évidemment – la France a fait bonne figure. Ces petits garçons, venus pour jouer avec les copains, se retrouvent souvent ensuite repérés par les clubs. D’autant plus dans ces quartiers réputés pour leur tradition handballistique, où la famille pousse, sans le faire exprès, à mettre des ballons dans des cages avec ses mains…

 

En Métropole, Jordan sur Canal+ nous a poussés à essayer de dunker dans la rue. Ici, Richardson et Narcisse à jouer au hand.

 

 

Le hand est ancré dans la tradition sportive réunionnaise, pour des raisons qui nécessiteraient un numéro entier d’explications. Cela fait d’ailleurs tellement partie de l’ADN local que, lorsque nous avons contacté Valérie Delors, chargée de développement à la Ligue, pour lui demander pourquoi le hand était ici un sport de rue, elle a ri : “Je ne me suis jamais posé cette question !” Elle nous donne pourtant quelques pistes de réflexion. Et un mécanisme propre à tous les sports de rue : “Le hand est très développé dans certains quartiers de Saint-Denis, ou encore à Saint-Pierre. C’est évidemment lié au fait qu’à Saint-Denis, il y avait des stars comme Narcisse ou Cazal, et qu’à Saint-Pierre, il y avait Jackson (Richardson, ndlr).” L’apparition de Jordan sur nos écrans nous avait donc fait sortir dans la rue pour essayer de toucher le cercle du terrain du bas de l’immeuble. Le modèle des héros handballeur a donc poussé les jeunes réunionnais à tenter roucoulettes et chabalas. Mais pas que : “Il y a souvent, dans les familles, une culture du hand, avec des parents, des amis qui y jouent ou y ont joué. Ça se transmet, c’est pour cela que les clubs bénéficient aussi de beaucoup de licenciés.” En 2011, le handball était le quatrième sport comptant le plus de licenciés à La Réunion, derrière le foot, le tennis et la natation, selon l’Insee. En France, il n’est “que” sixième. Cause ou conséquence ? Les politiques des villes réunionnaises sont en tous cas plus propices à construire des aires où l’on peut jouer au handball (et au foot, au passage) qu’en Métropole.

En effet, d’après les chiffres du ministère chargé des sports que nous nous sommes procurés, la part de ces équipements représente 17% du nombre total de lieux où l’on peut pratiquer du sport à La Réunion. En France, elle n’est que de 9 %. Autant dire qu’il y a de la place pour voir poindre de futurs handballeurs locaux, et que les parents n’ont pas fini de disputer leurs marmailles rentrant à la maison avec les coudes éraflés et les baskets trouées.

dns@adplay.re

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