Tuesday, August 20, 2019
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Le triathlon version paillettes

Il y a presque trente ans, le triathlon des cimes était, de loin, l’organisation sportive phare de la réunion, avec une aura comparable au grand raid d’aujourd’hui. Cela n’a pas duré longtemps.   Ce sont des vidéos que

Il y a presque trente ans, le triathlon des cimes était, de loin, l’organisation sportive phare de la réunion, avec une aura comparable au grand raid d’aujourd’hui. Cela n’a pas duré longtemps.

 

CIMES A 3-1Ce sont des vidéos que les triathlètes réunionnais s’échangent sur les réseaux sociaux, avec force soupirs et commentaires nostalgiques. Même des Métropolitains semblent s’étonner qu’à La Réunion s’est déroulée pareille organisation : le Triathlon des Cimes, à la fin des années quatre-vingt, est un barnum qui a fait long feu. Petite remise dans le contexte. Le triathlon tel qu’on le connaît naît dans les années soixante-dix aux Etats-Unis. Il arrive en France, à Nice, en 1982, puis à La Réunion.

Le sport entre de plain-pied dans l’agenda “hors stade” local, à une période où les compétitions de trail sont encore balbutiantes. Richard Marguier faisait partie des pionniers ; il explique comment une discipline naissante a créé le plus gros événement local : “Dans tous les sports, si tu veux faire un grand événement, il te faut un organisateur mégalo. Notre Thierry Sabine à nous, c’était Albert Cachera, un prof de lettres saint-gillois.” Monsieur Cachera, premier président de la Ligue, se souvient : “La Réunion avait tous les atouts d’Hawaii et de Nice. Mais vous n’imaginez pas le travail que ç’a été de convaincre sponsors et partenaires publics. Et la machine que c’était : des conférences de presse, des voyages dans le monde pour promouvoir…

 

“Le parcours en vélo, surtout, était complètement fou.”

 

D’abord Triathlon de Saint-Gilles en 1986, la compétition devient le Triathlon des Cimes l’année suivante, et ce pour trois ans. Les pouvoirs publics sentent le bon coup de com’, et subventionnent l’événement. Coca-Cola est le sponsor principal, le triathlon est   col du tampon 1988-2 inscrit au calendrier international. Patrick Montel et Gustave Parking viennent y donner du micro. Son principal atout ? Sa difficulté, pour des triathlètes encore considérés à l’époque comme des gens un peu fous.

Il faut se rappeler qu’aux débuts de la discipline, la médecine se demandait encore si la succession de trois sports ne risquait pas de provoquer au corps des dégâts irréversibles… Le morceau de choix de ce triathlon étant, tout de même, les 120 kilomètres à vélo avec passage par la Route des Plaines… Après les 2,8 kilomètres en mer, et avant les 30 kilomètres sur route, le col de Bellevue, les changements brutaux de température et d’humidité en ont fait vaciller plus d’un. Même chez les plus grands.

Car en 1988, le nom “Iron Man” n’est pas encore une marque déposée, et il n’en existe qu’un, celui de Hawaii. Avec le Triathlon international de Nice, c’est la plus grande épreuve mondiale, et un homme commence à faire parler de lui, en finissant à chaque fois sur les podiums. Ces épreuves sont alors connues pour leur difficulté ahurissante, et elles trouvent en Mark Allen un athlète capable de les dompter ; une légende, déjà. Eh bien, en 1988, Mark Allen se pointe à La Réunion. En terminant vainqueur, en moins de sept heures, il lâche : “C’est vraiment, je crois, la course la plus difficile du monde. Le parcours en vélo, surtout, était complètement fou.

Erin Baker, son équivalent chez les femmaffcime-1es, était aussi de la partie : le triathlon local réunissait les plus grands spécialistes mondiaux. Leur participation sera une apogée. Car le Triathlon des Cimes se déroulera encore en 1989, mais ce sera le dernier : l’organisation devenait compliquée. Albert Cachera explique sobrement : “Quelques invités extérieurs devenaient gourmands, des rivalités naissaient au sein de la Ligue.” Richard Marguier, lui aussi dans la Ligue à l’époque, se souvient : “Il y a eu des discussions au sein de la Ligue. Il faut dire que le Triathlon des Cîmes coûtait très cher, il pompait toutes les subventions. C’était un excellent outil de communication pour La Réunion mais pour certains, il laissait trop de côté les athlètes locaux.” Ç’en était donc fini de ce triathlon clinquant ; les différences de points de vue entre dirigeants et les doutes sur la pérennité du modèle économique ayant eu raison de lui. C’est à ce moment que le triathlon local commence à prendre le visage qu’on lui connaît. Les clubs se développent, forment des jeunes. Au début des années quatre-vingt dix, le TCSSD essaiera encore d’organiser un triathlon d’envergure, avec la partie de natation dans le Barachois. Ce sera un succès, des milliers de personnes venant voir l’arrivée, sans, cependant, le retentissement des années quatre-vingt.

Et les attaques de requins sur des windsurfeur à ce même endroit, en 1994 puis en 1995 auront raison, encore une fois, d’une épreuve qui nécessitait un sécurisation coûteuse, que les pouvoirs publics rechignaient à engager. Déjà. Et puis, à cette période, la course de montagne commençait à s’installer. Le triathlon, considéré comme un sport jeune et cool dans les années quatre-vingt, n’était plus le seul avec cette image. Les sponsors et pouvoirs publics se sont donc dirigés vers les sentiers, quand les associations et bénévoles étaient plus nombreux dans le trail. Killian Jornet a remplacé Mark Allen. Ne subsistent plus que quelques reportages sur Internet, et les souvenirs des anciens.

 

 

Merci à Thierry Deketelaere (Triathlon magazine), Lionel Baron et Benoît Bernard pour les photos.

 

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