Friday, September 20, 2019
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La Réunion prend des rides

En 2050, La Réunion comptera autant de gramounes que de jeunes. Et nous serons 1,071 million à vivre sur le caillou. Sébastien Seguin, chef du service études et diffusion de l’Insee, nous explique pourquoi.   À quoi

En 2050, La Réunion comptera autant de gramounes que de jeunes. Et nous serons 1,071 million à vivre sur le caillou. Sébastien Seguin, chef du service études et diffusion de l’Insee, nous explique pourquoi.

 

À quoi ressemble la population réunionnaise actuellement ?

“Selon les chiffres du 1er janvier 2016, l’Île compte 852 924 habitant·e·s. Les moins de vingt ans représentent 31% de la po­pulation, les seniors, 16%. La population réunionnaise est donc jeune, beaucoup plus jeune qu’en Métropole et qu’aux An­tilles. Seules les populations de Guyane et de Mayotte sont plus jeunes que celle de La Réunion. Les femmes sont un peu plus nombreuses : 51,8% contre 48,2 % pour les hommes. Cela s’explique par une espé­rance de vie plus élevée pour les femmes, de 83,8 ans en moyenne en 2016, contre 77,3 ans chez les hommes.

Quelle est la proportion de population étrangère ?

84%, soit plus de huit Réunionnais·e·s sur dix, sont natif·ive·s de l’Île. 11% sont nés en Métropole. Les 5% restants viennent d’autres départements d’Outre-mer et de l’étranger. Les habitant·e·s natif·ive·s de Mayotte et des Comores représentent en­viron 1% de la population totale.

Nous avons été étonnés de voir que le taux de fécondité, de 2,43 enfants par femme, ne baissait pas, malgré l’existence de divers moyens de contraception et l’éducation sexuelle à l’école. Comment l’expliquer ?

Effectivement, on aurait pu s’attendre à ce qu’il diminue mais il reste très stable depuis les années 1990-1995. Il faut savoir que l’indicateur conjoncturel de fécondité est une probabilité d’après le taux de fé­condité des années précédentes. Pour une femme de vingt ans, nous estimons qu’elle a tant de chances d’avoir un enfant à tel âge, deux enfants à tel âge, etc.

À La Réunion, le taux de fécondité est supérieur au seuil nécessaire pour assurer la croissance de la population, qui se situe entre 2,05 et 2,1 enfants parfemme. Ce taux est comparable à celui de certains pays d’Asie du sud-est. Les Réu-nionnaises ont aussi leur premier enfant plus tôt qu’en Métropole et 2,6% d’entre elles sont mères mineures, contre 0,5% dans l’Hexagone. Ici, les valeurs de la fa-mille sont bien ancrées et la place de la religion est assez importante. Les com-portements sont assez similaires d’une génération à l’autre.

L’autre point intriguant est la stabilité du taux de mortalité. Pourquoi ne baisse-t-il pas ?

Stable depuis quelques années, le taux de mortalité infantile (les décès des enfants âgé·e·s de moins d’un an) est de 6,8 dé-cès pour mille enfants né·e·s vivant·e·s. C’est deux fois plus qu’en Métropole. Des conditions socio-économiques moins favorables, davantage de grossesses à risques, des femmes enceintes atteintes de maladies chroniques ou moins bien suivies, et une entrée plus tardive dans un parcours de santé périnatale peuvent justifier ces chiffres.

Comment parvenez-vous à évaluer l’évolution de la démographie locale ces trente prochaines années ?

Ce sont en réalité des prolongements de tendances. Nous prenons en compte les observations passées, nous voyons si les tendances se prolongent, comment évolue le nombre de naissances, de l’espérance de vie, des migrations, etc. Nous effectuons aussi un vieillissement de la pyramide des âges. Le solde migratoire – différence entre les arrivées et les départs – est le plus com-pliqué à estimer. Si un·e habitant·e de La Réunion s’installe en Métropole, peut-être qu’il·elle sera recensé·e mais pas s’il·elle part à l’étranger. La difficulté existe aussi par micro-régions. Un nouveau réseau de transports en commun, la construction d’une infrastructure, etc. peuvent favoriser des migrations d’une micro-région à l’autre.

En 2050, nous devrions donc être 1,071 million d’habitant·e·s. Ça fait beaucoup de monde…

C’est une croissance assez dynamique, oui. Avec une hausse de 0,7% en moyenne par an, la démographie réunionnaise passera le cap du million d’habitant·e·s dès 2037 pour atteindre 1,071 million en 2050. En Métropole, la croissance est de 0,3% en moyenne sur la période à venir.

Les senior·e·s seront aussi nombreux·euses que les jeunes. Savons-nous si ce seront des gramounes en bonne santé ou non ?

Un équilibre s’établira effectivement entre les senior·e·s de soixante ans et plus et les jeunes de moins de vingt ans. Ces deux tranches d’âge représenteront chacune 27% de la population réunionnaise. Le quatrième âge, les senior·e·s de soixante-quinze ans et plus, va lui presque tripler, passant de 4% aujourd’hui à 13% en 2050. À La Réunion, les personnes âgées dépendantes sont plus nombreux·euses qu’en Métropole en raison des maladies chroniques. Reste à voir si le phénomène restera élevé.

Le taux de décès va aussi doubler. Est-ce dû aux maladies ?

C’est un simple effet mécanique. Les en-fants nés pendant le baby boom (de 1945 à 1975 environ, NdBB ) seront en fin de vie à ce moment-là.

Quels sont les objectifs de vos études ? Ont-elles un impact ?

La plupart des études sont réalisées en partenariat avec la Région, le Département, l’Agence régionale de santé (ARS), le Rec-torat, les collectivités, etc. L’un des objec-tifs est d’objectiver des phénomènes assez connus, de mettre des chiffres dessus. Il n’y a pas de surprise, mais notre travail permet à nos partenaires d’avoir des éléments plus précis, des comparaisons et des évolutions qui leur serviront à définir leurs politiques. Ç’a été le cas suite à notre étude sur les quartiers pauvres de l’Île et il faudra le faire pour préparer au mieux le vieillissement de la population réunionnaise.

 

RECUEILLI PAR MARIANNE RENOIR - ILLUSTRATION : LN

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