Tuesday, August 20, 2019
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Auprès de mon arbre, je vivais heureux…

Grimper sur un pied de coco, c’est utile, mais aussi sportif. Tellement qu’à La Réunion, c’est un sport de compétition.  L’idée reçue selon laquelle les noix de coco tueraient des centaines de personnes est une

Grimper sur un pied de coco, c’est utile, mais aussi sportif. Tellement qu’à La Réunion, c’est un sport de compétition. 

L’idée reçue selon laquelle les noix de coco tueraient des centaines de personnes est une bêtise ne reposant sur aucune étude sérieuse. En revanche, le cocotier n’est pas un arbre si inoffensif que cela, puisque nombre d’accidents sont dus à la chute de ces gens essayant de grimper dessus. Car c’est un art, de grimper sur un cocotier, un sport, même. Et le risque principal n’est pas la chute. “Le plus grand danger ? Tomber sur un nid de guêpes caché en haut !” affirme le Panonnais Jonathan Agamemnon, montrant des traces de piqûres sur ses cuisses ; “Si j’en vois une, je ne lâche pas, je m’agrippe.” Jonathan n’est pas le premier venu. C’est lui qui est le double détenteur du titre de “meilleur grimpeur coco” à La Réunion, ayant remporté le concours organisé lors de la manifestation Koko en fèt, qui se déroule toutes les années à Saint-Paul, à la Grande-Fontaine, paradis réunionnais du pied de coco s’il en est. La vidéo (voir ci-dessous) montre des participants aux styles différents, qui doivent monter, pieds et mains nus, un pied de coco. Chacun a deux essais pour atteindre les neuf mètres, et le plus rapide a gagné. Ces règles posées, penchons-nous sur ce sport étrange, dont les organisateurs ont du mal à dater l’origine.

 

Le danger ? Le nid de guêpes

D’abord, il se trouve qu’on ne grimpe pas aux pieds de coco en Norvège. On vous laisse deviner pourquoi. En fait, selon un confrère bien renseigné, s’il est strictement impossible de déterminer où les premiers concours sont apparus, il semble qu’en Polynésie française, grimper aux cocotiers est une véritable religion, des concours y étant régulièrement organisés. Propos confirmés par Jonathan, qui nous explique son rêve, celui d’un jour y aller se mesurer au “meilleurs grimpeurs de cocotiers du monde”. Lui a sa technique, qu’il a peaufinée depuis tout petit, “parce que ça m’amusait beaucoup de grimper sur les pieds de bois, d’aller casser les cocos” : il entoure le tronc de ses bras, et monte les pieds posés sur le bois lisse. Son entraînement ? Profiter de l’appel à l’aide d’une connaissance qui a besoin de récupérer les noix de son arbre, pour grimper, décrocher la grappe, et redescendre. “C’est ainsi que je m’entraîne, je n’irais pas forcément tout seul, sans raison, grimper sur le coco. Mais quand on me demande d’aller casser les cocos, j’y vais. J’adore l’adrénaline que cela procure !” Sa technique, nous l’avons fait visionner à un membre du Comité régional d’escalade. La réponse ? “Lui, s’il te prend dans ses bras, il peut t’étouffer ! Pour faire ce qu’il fait, il faut être particulièrement en forme, car tout le corps prend ! Il est vraiment hyper bien coordonné, et c’est clair, il monte vite…” Son record du pied de coco Saint-Paulois est de moins de 9 secondes. Et la force n’est pas seulement la clé du succès, puisque les grimpeurs sont aussi secs, noueux. Pendant un temps, les Mahorais excellaient à La Réunion ; d’ailleurs, ils font partie de ceux qui pourraient titiller le champion Jonathan dans les années à venir. En plus des Saint-Paulois qui ont tous les pieds de coco dont ils ont besoin à disposition. Jonathan, qui s’éclate toujours à monter ses cocotiers à vingt-six ans, ne compte pas se laisser faire. Il expérimente une nouvelle technique, car casser des cocos, c’est bien, le faire vite, c’est mieux.

 

 

Texte : L. C. / Photo : R. P.

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