Un gars à par

Un gars à par

Johan Mouniama est un de meilleurs joueurs de golf locaux. Mais ça ne suffisait pas pour en faire un portrait dans buzbuz. Son histoire, si. 

Fut un temps pas si lointain où votre serviteur, qui n’exerçait pas encore sa plume dans les pages de BuzBuz, travaillant alors pour un journal local, rendait compte de quelques tournois de golf réunionnais, quand ses chers collègues du foot voulaient bien lui laisser un peu de place. Souvenirs de dimanches où jeunes filles et jeunes garçons de bonnes familles, couettes et mèches bien arrangées, se mesuraient sur un des trois parcours locaux. Au milieu, un garçon, des boucles plein les oreilles, gourmette et chaîne argentées, leur donnait du fil à retordre ; ce Johan Mouniama, un jour, il faudrait en tirer le portrait. C’est désormais chose faite.

Johan Mouniama est l’exemple ultime de ce golf qui veut se “démocratiser”. Une histoire qu’il doit autant à lui qu’aux personnes qu’il a côtoyées, et qu’il côtoie encore. Début des années quatre-vingt dix, le quartier de Villèle voit tout à coup débarquer des tas de bulldozers. Johan se souvient : “On voyait qu’un truc se construisait, on allait regarder les engins en sortant de l’école. Mes frères travaillaient sur le chantier, ils nous on dit que c’était un futur parcours de golf. Un parcours ? Je ne savais même pas ce que c’était.” Il jouait peut-être un peu au foot, mais sa culture sportive ne l’avait pas encore amené à prendre connaissance des Jack Nicklaus et autres Severiano Ballesteros.

 

« Un jour, en allant chercher de l’herbe pour les animaux, mes parents ont trouvé un club. »

 

 

Un jour, il voit “des gens passer, avec des sacs, qui tapaient dans des balles. On regardait ça avec les copains, on ne comprenait rien, on n’avait même pas vu qu’il y avait des trous.” Ensuite, le Bassin Bleu, d’abord composé de neuf trous, s’est agrandi. Johan et ses potes ont vu de plus en plus de gens passer. Des gens qui avaient l’air heureux. Des gens qui avaient l’air de se promener. “Et puis, un jour, en allant chercher de l’herbe pour les animaux, mes parents ont trouvé un club. Avec mes amis, on a récupéré des balles tout autour, et les soirs, après la fermeture, on se mettait sur le practice, et on tapait avec ce club. Un peu n’importe comment, le plus loin possible.

La direction, pas dupe du manège, a laissé faire un temps. Puis un des entraîneurs, Mickaël Dieu, s’est mis en tête d’en faire quelque chose, de ces petits voisins. “Il nous a donné des jetons pour jouer, à la condition qu’on s’habille bien, qu’on soit corrects. Mes parents étaient contents, au moins, ils savaient où j’étais.” Ces chenapans, il en a emmenés quelques uns en Métropole, pour rencontrer d’autres jeunes. Premier passeport, premier voyage en avion… “On regardait partout, on était émerveillés !” S’il est le seul de cette petite troupe à avoir continué le golf – “Parce que je me suis mis à regarder les compétitions à la télé, j’ai voulu faire comme les pros.” – il garde de cette époque une manière de tenir son club… particulière : “J’ai un grip inversé, parce que je me suis mis à taper comme ça, et puis, ben… c’était trop tard pour changer.” À trente-cinq ans, Johan, qui travaille au sein du golf désormais, a quatre titres de champion de La Réunion, est “celui que les autres ont envie de battre, je le sens bien…

C’est désormais Jean-Marie Hoareau qui se charge de le maintenir à un bon niveau : “Si jamais il me croise en train de ne rien faire, il me dit : “Eh, va donc taper un peu des balles !” Il est toujours là pour me motiver, me remonter le moral.” Lui qui a son nom inscrit dans le club house, en honneur de ses résultats, a toutes les raisons de le garder, le moral : batifolant autour du golf à sa construction, il y sera présent pour toujours.

 

Texte : L. C. / Photo : R. P.