Poulet secret

Poulet secret

C’est le repas du dimanche, le poulet grillé qu’on va chercher en bord de route. Mais ce simple morceau de viande passé sur le gril est plus que cela. On a essayé d’en savoir plus auprès du P’tit poule grillé, à Sainte-Marie. Ne vous attendez pas à obtenir la recette : on la cherche toujours.

 

Les cyclistes et coureurs du dimanche, et tout ce que fait La Réunion de lève-tôt, vont avoir les narines frétillantes à nous lire. Souvenirs dominicaux de fumées qui viennent parfumer les routes à peine le nez sorti dehors. Souvenir, aussi, de l’achat d’un bon repas à peu de frais pour le pique-nique ou la réunion familiale. Et souvenir, encore, de celui qui croque pour la première fois dans cette chair blanche à l’intérieur, mais marron orangée à l’extérieur, en se demandant d’où vient ce goût, qui ne rappelle rien de connu, mais presque addictif. Un vrai bonbon sucré-salé.

Et qui ne s’est jamais posé cette question, « Qu’est-ce qu’ils mettent dedans ? » Qui ne l’a jamais posée, d’ailleurs, à son vendeur de poulet grillé ? Et qui a déjà eu droit à une réponse précise ? On a essayé. On est allés, tôt, un dimanche matin, saluer la famille qui tient le P’tit poule grillé, à Sainte-Marie, à côté de l’ancienne Poste. Un des meilleurs de l’île, nous a-t-on plusieurs fois assuré. On a attaqué tout de suite, sur cette histoire de recette. Réponse : « La recette ? C’est secret ». C’est Louis-Claude qui parle, celui que tout le monde appelle « le patron », alors qu’il est retraité, qu’il vient donner un coup de main et que c’est sa femme, la vraie patronne, Marie-Annick. Louis-Claude, lui, prépare la sauce. Et amène de sa bonne humeur à la petite boutique.

 

« Elle n’est écrite nulle part,

elle est dans ma tête ! »

 

Cette sauce, donc… « Lorsque j’ai rencontré ma femme, je lui ai donné le secret assez vite. Mes enfants la connaissent aussi. S’il y a des gens de la famille qui me demandent, je leur dis.  C’est tout ! Et elle n’est écrite nulle part, elle est dans ma tête. » On peut en parler malgré tout. « C’est une recette naturelle, typiquement créole. Aujourd’hui, il y a beaucoup de sauces pour poulet où l’on met un peu de tout, où il y a un mélange de trop de choses. Mon secret, que je tiens de ma mère, qui le tient de ses ancêtres, c’est un dosage d’épices, et je ne goûte jamais. Après, il ne faut pas laisser macérer, ne jamais mariner ! Jamais ! Le poulet, il arrive à la boutique déjà un peu cuit, on le badigeonne de sauce, et on le met à griller tout de suite ! » Sus à la marinade, donc. Une idée reçue qui tombe. « Nos ancêtres, ils faisaient la cuisine direct, sans attendre, ils ont toujours su que c’était meilleur pour la santé. » Une dame, venue chercher son poulet, donne son avis : « De toute façon, s’ils vous donnent la recette, vous n’arriverez pas à la faire comme eux. Ils ont un truc. »

Ce sont donc quatre gardiens du temple qui fournissent les Sainte-Mariens en poulet, les vendredi, samedi et dimanche. Hirelyasse, la fille, et Stéphane, le fils, viennent compléter la tribu. Confirmant que, finalement, ils ne font pas que vendre de la volaille : ce sont aussi des sourires qui sont distribués. Avec des clients qui viennent parfois de loin, d’autres qui passent plusieurs fois par jour. « On ne gagne pas des mille et des cents, mais on a envie de partager. On s’en fiche, du rendement, on veut vendre de bonnes choses », conclut Marie-Annick, avant de se relancer dans une fournée de poulets.

 

Texte : L. C. / Photos : R. P.