Partie de campagne

Partie de campagne

Qui dit “campagne politique” pense désormais automatiquement “médias”, “meetings” et “notoriété”. Se faire élire consiste avant tout à se faire connaître. Pas facile lorsqu’on n’a pas un grand parti derrière soi. C’était l’objectif premier d’Alexandre Lai-Kane-Cheong, candidat aux élections municipales de Saint-Denis. Avec 3,82 % des voix, le pari du Dionysien de vingt-cinq ans a plutôt été réussi. BuzBuz a suivi un bout de sa campagne.

Foi” et “conviction” sont les deux moteurs des membres du parti “Croire et oser”. À défaut du nerf de la guerre (les fonds suffisants pour mener une campagne équivalente à celle des autres partis), Alek LKC et ses troupes se sont mobilisés quotidiennement, dès qu’ils ont eu du temps, une dizaine de mois avant le premier tour.

S’il était conscient qu’une bataille électorale coûtait cher, le jeune candidat n’en est pas moins resté campé sur ses positions idéologiques : “On ne veut pas que de gros donateurs compromettent notre intégrité. C’est pourquoi on préfère appeler symboliquement toute la population.” À travers leur adhésion, leur cotisation ou un simple don, tous les Réunionnais ont été invités à participer à la bonne marche du parti. Le secrétaire général de “Croire et oser” nous avait assuré que les dons affluaient en nombre suffisant, que les dépenses restaient raisonnables : “Un seul prototype de tract a été lancé”, rappelait le candidat qui n’en a pas dit plus sur le nombre exact de prospectus distribués. Les meetings du parti n’ont pas engagé de fonds trop importants. Tous les jeudis soirs, chez l’un des membres actifs qui accueillait tout le monde, les sympathisants débarquaient avec tantines, voisins et grands-cousins, sans oublier les marmailles. Une quarantaine de personnes se retrouvaient ainsi sur les bancs du parti – au sens propre : Alek venait avec un banc de chez lui pour permettre à tout le monde de s’asseoir – à visionner une présentation projetée directement sur le mur de la maison. Puis, les débats commençaient, avec des questions tant pratiques que politiques. Un soda et quelques chips plus tard, chacun repartait, convaincu ou non, déposant un don ou une cotisation au passage. Au vu des dépenses nécessaires au bon fonctionnement d’un parti, fallait-il s’engager dans la voie ? “Nous avons été plébiscités par tous les gens que nous connaissions pour sauter le pas politique” explique Alek LKC, pour qui “créer un parti va nous permettre de perdurer.” Car, au-delà des élections municipales de Saint-Denis, la feuille de route du parti est tracée jusqu’en 2025. Il faudra tenir sur la scène médiatique : “On jouissait déjà d’une bonne image avec nos anciens mouvements et avec tous les réseaux de communication hybrides actuels, nous ne craignons pas de disparaître.

 

 

Pour exister, le parti mise sur des événements singuliers. Un plan de communication balisé (ponctuant l’année avec des propositions économiques ou politiques selon les créneaux) existe mais “nous sommes tributaires de l’actualité” rappelle Alek LKC que les bonnets rouges de Quimper ont inspiré : “Un espace de démocratie directe avec un message politique fort qui colle à l’actualité, c’est le meilleur moyen d’être présent sans trahir ceux qui croient en nous.” Enfin, ils devront rester mobilisés, malgré le manque d’argent : “Tous les membres sont bénévoles mais ils travaillent à côté dans des professions libérales ou indépendantes car on ne bataille pas en étant salarié.” Le jeune homme a, lui-même, démissionné de son poste à la Capeb (Confédération des artisans des petites entreprises du bâtiment) pour se consacrer à son engagement politique, tout en poursuivant une activité de consultant associatif. Un acte cohérent avec ses idées : “Je conçois la fonction politique de façon scandinave : on est indemnisé pour ce que l’on fait mais on ne peut pas avoir une logique d’entreprise.” Avec une cinquième place lors du premier tour, premier derrière les “gros” candidats, Alexandre Lai- Kane-Cheong a réussi le pari de se faire connaître. Place à la suite.

Texte : M. W. / Photos : R. P.