Les scarabées bourdonnent à NY

Les scarabées bourdonnent à NY

Ringo et Paul se sont réunis sur la scène des Grammy cinquante ans après leur premier voyage chez les ricains. À l’époque, une révolution.

 

22 novembre 1963, 12h30, Dallas, Texas. John F. Kennedy se fait exploser la tête alors qu’il parade dans les rues de la capitale texane et sous les yeux de Jackie. L’Amérique est bien partie pour pleurer pendant longtemps son jeune président démocrate.

Pourtant, un médicament venu de l’autre côté de l’Atlantique va venir atténuer quelque peu la peine des Etats-Uniens, surtout celle des jeunes filles en fleur. En effet, les Beatles s’apprêtent à débarquer chez l’Oncle Sam pour leur première tournée hors de la vieille Europe. Une idée du gourou-manager, le cinquième Beatle officieux, Brian Epstein. Les Scarabées sont déjà adulés en Angleterre, ne reste plus qu’à conquérir le monde. Il organise donc une tournée dans tout le pays, deux passages au Ed Sullivan Show et, pour faire monter la sauce, sort deux albums coup sur coup. Si Introducing… The Beatles passe relativement inaperçu, Meet The Beatles ! entre directement en tête du Billboard 200, le classement américain des ventes d’album. Pour l’anecdote, ils détrônent, en février, Sœur Sourire et son tube Dominique, nique nique… qui a squatté dix semaines. Il fallait que ça cesse.

 

Boum : record d’audience, presqu’un américain sur deux.

 

La tournée commence vraiment le 7 février 1964, au départ de Londres : des milliers de fans viennent dire au revoir au Fab Four, alors qu’une radio new-yorkaise tient l’Amérique au courant de l’avancée du voyage, heure par heure.

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Source : www.thebeatles.com

À l’arrivée dans l’aéroport nouvellement nommé JFK, les Beatles sont plongés dans l’essoreuse de l’entertainment à l’américaine. Dix mille – jeunes – gorges se brisent les cordes vocales, les garçons dans le vent ne maîtrisent plus rien. On les amène à une conférence de presse improvisée, les journalistes se grimpent dessus, les fans tapent contre les vitres, ils racontent des blagues. Les jours suivants, pendant chaque apparition publique, des petits malins placent des affiches publicitaires derrière les Beatles, histoire d’associer leur image à tous les produits possibles et inimaginables. Une publicité agressive qui ne sied guère à John et aux autres, encore naïfs sur l’économie parallèle qu’ils peuvent générer – ils se rattraperont pas mal par la suite. Au bout de deux jours aux Etats-Unis, des 33 tours gravés à partir d’enregistrements pirates de leurs interviews sont déjà en vente sous le manteau…

 

Lennon s’amusera même à faire des fausses notes ou à réaliser des grimaces se moquant du public, sans que personne ne s’en rende compte

concert beatles - copie

Source : www.thebeatles.com

Mais ils sont venus pour chanter, les Beatles. Ils passent donc en direct au Ed Sullivan Show, l’émission la plus regardée alors aux USA. Boum : record d’audience explosé, 73 millions (!) de téléspectateurs, presqu’un américain sur deux. Et encore : ils n’ont chanté que cinq chansons, et pas les meilleures (dont la niaise I Want To Hold Your Hand), ce qui vaut d’ailleurs des commentaires légèrement méprisants de la part de la presse new-yorkaise, jugeant les Beatles aussi “inoffensifs que le hula hoop”. La suite, ce sera une tournée de trente et une dates en Amérique du Nord, peut-être bien le début de la lassitude des Beatles pour la scène. Ils se rendent compte qu’ils ne s’entendent plus jouer, que leur public ne vient même plus pour écouter de la musique ; Lennon s’amusera même à faire des fausses notes ou à réaliser des grimaces se moquant du public, sans que personne ne s’en rende compte, trop occupé à crier et à lancer sur scène des jelly babies, bonbons gélifiés prisés par les adolescentes d’alors…

 

Cette tournée restera dans l’histoire de la musique comme la première d’un groupe européen en terres américaines, ouvrant la voie à tous les autres. Pour les Beatles, elle représente deux choses importantes. Elle leur permet d’abord de se rendre compte de l’économie qu’ils peuvent générer, par le biais des produits dérivés. Surtout, elle leur fait découvrir la marijuana : un soir, dans un hôtel de Dallas, Bob Dylan vient passer la soirée avec eux, et fait tourner des joints. Probablement le début du basculement des Beatles vers de nouveaux horizons musicaux, les meilleurs.

 

 

Texte : L. C