La machine à voyager dans le temps

La machine à voyager dans le temps

Chez Météo France, on parle d’avenir, et La Réunion est suspendue à ses lèvres. Ses prévisions sont le résultat d’une machinerie impressionnante, tant humaine que technique. Et puis, elle ne se trompe pas tant que ça.

C’est le rendez-vous du soir pour ceux qui ont la télé. Une des pages les plus lues – avec le tiercé – dans les journaux. Les applications consacrées à la météo font partie des plus téléchargées. C’est peu de dire que la météo – ou du moins, le voeu de savoir le temps qu’il fera demain – est une passion pour nombre d’entre nous. Et même si – attention, poncif – “Ils se trompent tout le temps”, cela ne change rien : la météo est un doudou.

Nous sommes allés au siège de Météo France, qui est aussi le Centre météorologique régional spécialisé dans les cyclones, et dont on peut apercevoir l’entrée en remontant le boulevard du Chaudron. “Avant que la météo arrive à la télé, sur Internet, dans le journal, vous imaginez bien qu’il y a du monde qui travaille derrière” nous a dit, en nous accueillant, Jacques Écormier, chef prévisionniste. Ce qui prouve, d’abord, qu’il a compris le but de notre rubrique, puis que les trois heures que nous allions passer ensemble allaient être instructives.

Entre le siège, au Chaudron, et l’aéroport, quelque vingt-deux personnes travaillent chez Météo France. Ce sont des ingénieurs et des techniciens qui sont chargés d’analyser les données venues de satellites et des stations situées un peu partout sur l’Île et aux alentours (il y en a même sur des bouées ou les bateaux). Oui, car chez Météo France, lors de notre passage, les stores étaient fermés. On ne regarde donc plus le ciel ? Sourire de monsieur Écormier : “Eh non, c’est fini… Les données que nous analysons arrivent sur les ordinateurs…” Et des données, il en arrive… plein. Tout le temps. Si bien que, malgré la multiplication des écrans sur les postes de travail, “il en faudrait encore plus.” Mais ce n’est pas étonnant : “Nous avons des obligations de résultats en tant que service public et envers nos clients qui paient nos services. Ne croyez pas qu’il s’agit simplement de regarder tout un tas de cartes. Il s’agit surtout de savoir les interpréter. Et la connaissance de La Réunion, de ses particularités, sont essentielles. Ainsi, nous conseillons à nos techniciens de pratiquer des activités en lien avec la météo (parapentisme, randonnée…). Le climat, dans les tropiques, c’est particulier.

 

« Nous avons des obligations de résultats en tant que service public et envers nos clients qui paient nos services. »

 

Le “bulletin météo”, en effet, n’a rien d’anodin. Il a des incidences sur les trafics aérien, portuaire ; il permet de faire de la vigilance de feux, d’inondations ; il décide de la fermeture de la Route du littoral et des travaux alentours ; il devient vital en période cyclonique. Le bulletin a des répercussions économiques considérables. “Oui, on peut sentir la pression, lorsqu’on nous demande si la “vigilance forte houle est maintenue”. On sait très bien ce que cela peut impliquer économiquement. Est-ce que ça change notre manière de faire notre bulletin ? Non.” Il fallait demander, avant de partir, pourquoi cette idée de “la météo qui se trompe tout le temps…” “Pour faire des cartes pour le grand public, La Réunion est divisée en dix-sept zones. Mais vous savez comme moi que le temps change particulièrement vite, ici, sur quelques mètres, parfois. Un exemple : on va annoncer du soleil à Saint-Denis. Ce sera le cas… mais en arrivant à Sainte-Clotilde, vous allez trouver de la pluie. Ce que nous donnons, ce sont des tendances générales. La qualité de notre travail est constamment vérifiée : et je peux vous dire qu’on ne se trompe pas tant que cela.” La mémoire des Hommes est ainsi faite, elle ne se souvient que des trains en retard… et des pique-niques ratés à cause de la flotte.

 

Texte : L. C. / Photo : R. P.