Instit’ ludique

Instit’ ludique

L’agence Zoorit a travaillé pour l’Agence régionale de santé (ARS), lui fournissant des outils pour lutter contre la prolifération des moustiques. On appelle ça de la communication institutionnelle, et le but, c’est que ça rentre dans les crânes de tout le monde.

En 2006, deux nouveaux mots pour gagner des points au Scrabble sont apparus dans le langage courant réunionnais : chikungunya et prophylaxie. Mais comme on a eu tous tendance à les oublier, l’ARS a décidé de relancer des outils de communication nous rappelant les moyens de lutte contre la prolifération des moustiques. Zoorit a gagné le marché, et a choisi l’illustration. Thomas Giraud (drecteur de l’agence), Freddy Leclerc (illustrateur et directeur artistique, collaborateur à BuzBuz, même si ça n’a rien à voir) et Stéphanie Consolo (chef de publicité) nous ont raconté ça.

 

C’est sérieux, quand même, la lutte contre les moustiques… Comment l’ARS vous a présenté ses besoins ?

Thomas Giraud : Ils avaient l’habitude d’une communication justement assez sérieuse et conventionnelle, mais ils voulaient changer de cette image un peu “posée”.

Freddy Leclerc : Oui, ce n’était peut-être pas très moderne…

T. G. : Ils voulaient vraiment sortir de leurs habitudes de communication. Les illustrations ne sont pas hyper sérieuses, sans non plus être humoristiques.

 

Le juste milieu était compliqué à trouver ?

F. L. : La fenêtre de tir était très étroite, il fallait tomber juste !

T. G. : On s’adresse à une population large, puisque l’ARS s’occupe aussi de Mayotte. Les illustrations, qui allaient se retrouver sur des prospectus, des affiches, des stands, se devaient d’être compréhensibles par n’importe qui, de n’importe quel âge. Les enfants, notamment : on sait qu’ils ramènent très bien les informations chez eux. Attention : il ne faut pas être non plus infantilisant, on doit avoir un discours posé.

F. L. : Pour que ça marche, il y a un capital sympathie à insuffler.

 

Les dessins ont beaucoup évolué ?

T. G. : C’est un peu l’intérêt de l’illustration. Une photo, elle est prise, tu peux faire des retouches, mais bon, c’est à la marge. L’illustration est beaucoup plus malléable…

F. L. : Par exemple, j’ai rajouté du rouge à lèvres sur les moustiques après coup, car on m’a fait remarquer que ce ne sont que les femelles, qui piquent… On a aussi travaillé sur les sourires, les tenues des personnages…

 

C’est particulier, la communication institutionnelle, par rapport à un client privé ?

Stéphanie Consolo : Oui, dans le sens où il y a plus d’intervenants qui donnent leur avis. On était par exemple en lien avec des équipes sur le terrain, qui connaissaient très bien les habitudes des gens. Les services de communication, de direction, avaient aussi leur mot à dire.

T. G. : Travailler pour le privé et l’institutionnel, c’est deux métiers différents, deux rythmes différents. L’instit’ est moins “centralisé”, mais je trouve ça agréable. Et les résultats ne sont pas les mêmes non plus…

T. G. : C’est sûr qu’on n’a rien à vendre, là. On ne peut pas avoir l’évolution du chiffre des ventes pour savoir si la pub a marché ou non…

S. C. : N’empêche qu’on a envie de savoir s’il y a eu de l’enthousiasme. On a travaillé des mois dessus, on a créé des liens avec nos interlocuteurs de l’ARS, alors on demande si le public a été réceptif. Et apparemment, il l’est.

 

Texte : L. C. / Photo : R. P.