Folle du cap méchant, l’être à Elise

Folle du cap méchant, l’être à Elise

Personnage emblématique du Sud Sauvage, nous la connaissons tous sans rien savoir d’elle. Qui ? Élise Colette, alias la “Folle du Cap Méchant”. Rencontre avec celle qui apporte la bonne parole à tous les visiteurs qui effleurent le site.

 

Il suffit de descendre de voiture pour la voir accourir avec ses éternelles Crocs roses aux pieds, sa petite veste argentée, son sweat délavé et ses deux couettes. En une seconde, elle vous alpague et ne vous lâche plus. “Bonjour, vous êtes catholiques ? La maladie, les guerres, la famine, c’est la vengeance du Diable. Jésus- Christ sauveur du monde entier est vivant.” Au delà de ces mots qu’elle répète tous les jours inlassablement, voilà une femme de cinquante- sept ans qui ne demande qu’à discuter. Et pas seulement de Dieu ; elle nous a accordé quarante minutes quasiment laïques.

Native de Saint-Benoît, elle a grandi au sein d’une famille très modeste, dit-elle. Petite fille, elle était déjà très croyante et toujours prête à aider sa mère pour “charrier le bois ou nettoyer la case.” Mariée de 1972 à 1992, elle a eu deux enfants, Gracieuse et Thierry. C’est en 1988 qu’elle a définitivement rejoint l’Eglise Universelle. “Je vivais sans comprendre. Dieu m’a envoyée pour apporter la bonne nouvelle au monde entier, c’est à nous de l’accepter pour ne pas être complice du Diable. Je suis la seule messagère dans le monde, j’ai pris mes responsabilités, mais je ne sais pas combien de temps encore je vais déranger le Démon, il est violent avec moi.

Quand on lui demande si elle a déjà rencontré le Mal en personne, elle répond d’un “oui” très franc. Puis explique qu’il s’agit d’un prêtre officiant à Saint-Pierre depuis des années. Au Cap Méchant depuis six ans, elle a d’abord déambulé dans les rues de Saint-Joseph, puis au puits des Arabes. “Je viens ici pour rencontrer les personnes car j’habite à côté, chez ma fille et mes petits enfants. Gracieuse ne me comprend pas toujours et ne m’écoute pas. Elle me dit : “T’es comme ça depuis trop longtemps maman, faut que tu arrêtes.

 

Elle se voit sur Youtube

 

À côté de ça, elle aime regarder les informations à la télé pour “voir ce qu’il se passe dans le monde et les reportages pour “découvrir comment ils vivent dans les autres pays”. Et effectivement, de l’élection du nouveau Pape à la guerre au Mali en passant par les ladi la fé de l’Île, elle est au courant de tout et donne son avis à chaque occasion avec des arguments somme toutes cohérents… Elle ajoute également qu’elle aimait aller au ciné mais que le Mal omniprésent dans les films aura eu raison de ces sorties. Elle refuse également d’aller chez le médecin ou de prendre des médocs pour une simple raison : “Je serai toujours sauvée, je suis une merveille de Dieu et je suis courageuse. Le Diable dit aux gens de ne pas faire de compte avec moi parce que je suis dérangée mais il ne me l’a jamais dit en face et je ne le suis pas. Je ne me décourage jamais, même quand il y a beaucoup de monde à suivre et qu’il faut parler toute la journée.

Bien consciente de son surnom, elle ne manque pas d’aplomb pour démonter le terme. “Folle ? Il y a des personnes qui le disent mais elles sont possédées, je ne peux pas leur en vouloir. D’ailleurs, le nom en médecine, ce n’est pas folle mais “malade mentale”. Quand on ne comprend plus rien et que l’on perd la tête, c’est que le Diable a fini de se venger. On me dit des gros mots, des méchancetés, certains me montrent leurs derrières mais je prends tout avec courage.” Nous en avons eu la démonstration pendant notre entretien, pas toujours raffinés, les ados.

Sa notoriété qui traverse nos côtes grâce au net – merci Youtube et Dailymotion, dont certaines vidéos ont dépassé les 35 000 vues – ne lui déplait pas du tout. Bien au contraire. Elle les a regardées à plusieurs reprises. “Je ne suis pas contre car je ne peux pas rencontrer tout le monde. Au moins, la bonne nouvelle se répand dans le monde entier.” Plus branchée qu’on ne l’imaginait, la “Fol…”, enfin, Elise.

 

folle du cap méchant

 

Texte V. B . / Photo R. P.