Dessine-moi un demain

Dessine-moi un demain

Un groupe de Réunionnais a remporté le concours de BD Transmurailles, un récompense « Off » du Festival d’Angoulême. Particularité : il est réservé à des détenus.

Un article sur des Réunionnais remportant un prix national consacré à la bande dessinée, on aurait pu l’écrire. On l’écrit, d’ailleurs. Mais avec cette précision, qui n’est pas là pour amenuiser le mérite des participants : le concours, appelé Transmurailles, était réservé à « toute personne détenue dans un établissement pénitentiaire en France métropolitaine ou d’outre-mer », comme le disait son règlement.

Ce prix, c’est d’abord l’histoire de l’association réunionnaise pour l’aide au lien social et à l’insertion (Arpalsi) qui s’occupe des activités culturelles en prison au sein du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip). Il s’agissait donc, dans l’établissement pénitentiaire du Port, d’encadrer un groupe de détenus et de leur faire réaliser des planches de bande dessinée, puis d’immortaliser le tout en photo. Sur la base du volontariat, un noyau de quatre hommes, rejoints de temps en temps par quelques autres, s’est investi dans le projet. Chapeautés par deux collaborateurs réguliers de BuzBuz, Helene Moignard (illustratrice) et Gwael Desbont (photographe), ils ont donc planché pendant quatre mois. En commençant par les bases du dessin, d’abord. Et puisque les participants ont décidé de parler d’environnement, en apprenant à dessiner un arbre.

Il a donc fallu  travailler avec des livres de paysages – la prison du Port n’étant pas réputée pour sa forêt luxuriante – de jolies photos de La Réunion, petits moments d’évasion, voire de promenade, simplement : parfois, les lieux photographiés, ils ne les avaient jamais vus en vrai. Et donc parfaire une technique qui n’avait comme base que quelques gribouillages sur des feuilles, murs, ou la peau des copains…

Ces bases posées, et à raison de quatre heures par semaine, ont amené la production de deux planches de six cases. Le quatuor, âgé de dix-huit à… soixante-cinq ans (Tiens, ça rappelle le sous-titre du Journal de Tintin, « Le journal des jeunes de sept à soixante-dix-sept ans »). Et ils ont donc gagné, dans la catégorie « Grand prix collectif », un prix remis en début d’année à la prison portoise. Encourageant.

 

 

Texte : L. ; A. C. ; L. C. / Photos : G. D. ; D. R.