Cité musée

Cité musée

Manuelle Pellissier n’est pas une spécialiste du street art. Elle a pourtant réussi, avec le Village Titan, à créer le premier musée à ciel ouvert qui y est consacré.

Depuis que le street art se vend et rentre dans les galeries, la question se pose : comment l’exposer ? Bien sûr, il a fait son apparition sur toiles ; les magazines spécialisés ont depuis longtemps montré les productions dans leur milieu “naturel”, la rue. Mais aucune de ces solutions n’a jamais vraiment convaincu.

Donc, après l’avoir sorti de la rue, certains acteurs du milieu ont tenté de ramener le street art vers son origine. Le M.U.R., acronyme pour “Modulable, urbain et réactif”, propose depuis 2003 dans le XIe arrondissement de Paris à des artistes de s’emparer d’un ancien espace publicitaire pendant deux mois, le caractère éphémère de l’œuvre rappelant celui du graffiti. En octobre 2013, cent huit artistes investissent une tour vouée à la démolition dans le XIIIe arrondissement. En 2014, la même galerie investit le village d’Erriadh à Djerba, en Tunisie ; le projet se présente comme “une expérimentation du musée idéal pour le street art.” La Réunion ne pouvait rester trop éloignée du concept : elle-même a vu nombre d’artistes se développer, certains rejoignant les galeries ; ne manquait plus qu’un musée à ciel ouvert. Grâce à l’association du Village Titan, c’est chose faite. Gorg One a posé la première pierre du futur musée dans le quartier portois de la Rose des Vents, début 2015, avec un cerf coloré tenant un coeur humain. Par la même, il instaure un lien avec les habitants du quartier, autre fil rouge de la démarche du Village Titan. En fin d’année, l’expérience prend une ampleur toute nouvelle : pour la première fois sur d’immenses façades, plusieurs street artists interviennent en même temps. Manuelle Pellissier, membre de l’association à l’origine du projet, a donc réussi à réunir Gorg One, Jace, Méo et l’invité métro Seth Malland. D’autres plasticiens se sont aussi greffés sur le projet. Résultat ? L’ambiance du quartier en est complètement modifiée. Les habitants, dont certains se sont fortement mobilisés pour la logistique, ont tout de suite adhéré au projet. Certains ont même déjà proposé d’autres murs à recouvrir. D’autres y ont trouvé la motivation pour peindre aussi l’aire de jeu… et donner ainsi au passant l’envie de s’arrêter admirer des immeubles.

 

ROSE DES VENTS-4

 

Texte : A. C. / Photos : G. D.