Capitaines à docks

Capitaines à docks

99% des marchandises qui entrent à La Réunion le font par son port principal, au Port, amenées par quelque sept cent cinquante navires. Pour accoster, les compagnies font appel à des pilotes spécialisés qui interviennent nuit et jour, par tous temps. BuzBuz a suivi l’une de ces opérations.

Il connaît le port comme sa poche : Frédéric Royer aide les navires à y circuler depuis dix-sept ans. Le président du Syndicat professionnel des pilotes maritimes de La Réunion, après dix années dans la marine marchande, gère les allées et venues de tous les bateaux de plus de 50 mètres. Lourde responsabilité pour une équipe de onze personnes comprenant pilotes, patrons de vedettes et équipages.

 

Reportage au port de La Réunion, suivi des pilotes maritimes

 

L’expérience compte dans un métier plein d’aléas et de risques, qui “demande beaucoup de concentration”, selon notre capitaine. Officiellement, le pilote n’est que “l’assistant” du commandant. “En réalité, [il] prend la manœuvre du navire, avec l’accord du commandant.” Le pilote doit donc se rendre à bord ; opération périlleuse (surtout pour une journaliste de BuzBuz non aguerrie à la voltige maritime) qui consiste à venir coller une petite vedette à l’énorme charbonnier – en l’espèce –, à attraper une échelle de corde lancée par-dessus bord et à grimper, sans regarder en bas, un bateau haut de plus de 35 mètres. Une fois à bord, le plus dur est passé pour BuzBuz… Pas pour Frédéric Royer, qui distribue ses ordres par talkie-walkie aux deux remorqueurs arrimés à l’avant et à l’arrière du mastodonte. Le pilote doit d’abord prendre ses marques. “On se repère au jeu directionnel d’entrée de port signalé par une lumière : blanche quand on est dans l’axe, verte quand on est trop à droite et rouge quand on se positionne trop à gauche.

La mer reste toujours la plus forte.

Le commandant suit consciencieusement les consignes du pilote. Quand tout se passe bien, la manœuvre prend une heure. Mais l’exercice est toujours particulier, les spécificités du bateau ou les conditions météo étant souvent différentes… comme l’humeur et la bonne volonté du commandant. “Aucun n’a jamais refusé notre aide mais certains n’écoutent pas, voire contestent nos directives. Il est alors impossible de manœuvrer et nous sommes obligés de nous mettre d’accord avant de reprendre le pilotage.

Les erreurs d’inattention existent. Il y a quelques mois, un coup de vent a surpris un pilote manœuvrant un cargo de voitures. Bilan, “un trou de 2,5 mètres dans la coque.” Ces accidents sont rares et pris en charge par les assurances mais ils prouvent bien que chaque instant est capital : “Nous sommes en permanence dans la gestion du risque et le danger pour l’environnement est réel.” Au-delà des équipements du port à protéger, d’aucuns se souviendront de l’Alamandas, dont les billes d’acier qu’il transportait ont pris feu et qu’il a finalement fallu aller couler au large ; ou de ce bateau mauricien venu s’échouer en pleine nuit, non loin du Butor. Sollicité en tant que “conseiller spécial ès navires”, Frédéric Royer est intervenu dans ces deux situations. Un bon moyen de ne pas perdre de vue que la mer reste toujours la plus forte.

 

Texte : M. W. / Photos : R. P.