Bye bye Babylone

Bye bye Babylone

A Aurère, Jhagan a décidé de faire de la musique et de vivre au plus près de la philosophie rastafarie. Nous sommes montés le voir.

 

Ça arrive. Pas souvent, mais ça arrive. Ça arrive, ce moment où tu penses à cet embrayage de Cilo à changer, au tri de tes amis Facebook, au prix du mojito à Saint-Gilles, à ce portable déchargé, et qu’alors, tu te sens idiot. Ça nous est arrivé, il y a peu. Buzbuz nous a envoyés faire le portait de Jahgan à Aurère, Mafate, 97419 La Possession. N’insistons pas sur la route (Mafate, pas de voiture, Rivière-des-Galets, sentier, ampoules, tout ça) : rencontrer Jahgan, c’est quelque chose d’assez simple.

On vient, on traverse une cour avec des poules, on s’assoit par terre, on répond aux deux enfants pleins de questions sur d’où on vient – de Saint-Denis et, oui, on a une voiture – et on discute. Avec une tisane de romarin, de verveine et de sauge dans les mains, cueillis dans le petit jardin. Il n’y aura pas d’autres plantes dans nos bois, rangez ce sourire en coin.

Jahgan, ou Pacal aux yeux d’un état civil qu’il ne reconnaît qu’auprès de sa famille proche, est un musicien, membre de Zion Vibration, groupe qui ambiance Aurère et quelques festivals roots dans les Bas. Il a vingt-sept ans, et la longueur de ses locks laisse présager d’une expérience rastafarie qui ne date pas d’hier : « Je l’ai toujours senti en moi » , dira-t-il, précisant tout de même quand il a réussi à conceptualiser ses sensations : « J’ai rencontré un rasta dans une forêt à La Réunion, qui m’a parlé de ce qu’était le rastafarisme. Je lui ai dit que j’aimais Bob Marley, que son message me touchait, il a pu m’expliquer pourquoi. »

 

Dépendre de rien

 

Pinnacle, Selassié, végétarisme, Jahgan ingurgite tout ça. Rasta, il l’avait toujours été. Lorsqu’il fuyait le lycée de La Possession pour remonter à Mafate. Ou qu’il mettait ses sentiments en chansons, les accompagnant d’une guitare qu’il avait construite avec une boîte de sardines. Déjà, il y parlait de la paix, de races unies, d’amour.

Jahgan, c’est d’abord un habitant de Mafate, « libre comme un oiseau » , qui « a fui Babylone » . Qui essaie, autant qu’il peut, « de ne dépendre de rien, et surtout pas de Jumbo pour manger » . Dans le jardin poussent goyaves, maïs, patates et manioc. Le lapin noir qui grignote dans la cage n’a d’autres but que d’amuser les enfants, végétariens à la maison, mais sans restrictions ailleurs, car « ils choisiront eux-mêmes plus tard leur voie » . Le rasta que nous avons rencontré à Aurère est un homme de paix. « La famille est plus précieuse que l’or » , dira celui qui a déjà dédié une chanson à sa maman.

La paix, l’amour, sont les thèmes récurrents de sa musique. C’est lui qui en écrit les paroles : « Elles viennent toutes seules, je chante, je chante… Ensuite, on en discute avec les autres membres du groupe, pour améliorer, changer un mot. » Le résultat, une série de textes dénonçant inégalités et violences. Des textes à écouter régulièrement à Aurère ou dans des salles des Bas, quand Jahgan descend vers la mer. « Mais je remonte le plus vite possible. Quand je suis en bas, je me sens moi. » Il a fallu pourtant qu’on y retourne, nous.

 

jahgan

Texte : L. P / Photo : R. P.