BuzBuz lève le voile

BuzBuz lève le voile

Son entrée n’est ni interdite, ni inaccessible. Pourtant, nous avons tout de même voulu aller voir ce qu’il se passait derrière. Parce qu’elle est la plus ancienne de France (sa construction s’est achevée en 1905), parce qu’elle revêt une part essentielle de l’âme de Saint-Denis et surtout parce que nous sommes curieux. Visite instigatrice de la Mosquée Noor E Islam.

Patrimoine incontournable de Saint-Denis, la Grande Mosquée n’est pas un lieu chargé d’histoire mais bien un lieu de culte quotidien pour près de sept cent musulmans. Son activité, très liée aux traditions indiennes, est tout ce qu’il y a de plus ordinaire : cinq prières par jour, après le wozou (rite de purification qui précède les prières) et, pendant le ramadan, la rupture du jeûne, au coucher du soleil, avec des dattes, de l’eau de rose et des gâteaux indiens. Pourtant, elle se distingue par de nombreux points : dès le sahn (cour intérieure qui abrite le bassin aux ablutions), ses vitraux bleu, blanc, rouge interpellent. « Une volonté de rappeler que nous sommes français avant tout« , explique Ahmed Dodakia, vice-président de l’AISD (Association islam Sounnate Djamatte) qui gère la mosquée (ainsi que d’autres petits lieux de culte et des médersas dyonisiens). Sur simple autorisation municipale, le muezzin appelle tous les soirs à la prière. Ici, contrairement à la Métropole, la question de l’autorisation préfectorale ne s’est jamais posée. Mais cela n’aurait sans doute pas été problématique : le maire de Saint-Denis, le préfet et plusieurs membres de son cabinet, ainsi que le chef de police et celui de gendarmerie assistent, chaque année, pendant le ramadan, à l’une des prières du soir.

Leur présence témoigne de l’ampleur de la communauté musulmane de Saint-Denis (environ quinze mille personnes) et de La Réunion (six fois plus) mais aussi, sans doute, de l’importance accordée par les autorités à ces familles zarabes influentes de l’Île. Des familles relativement riches qui font vivre une grande partie de la communauté.

Pour exister, la mosquée a besoin de financements importants : des dons octroyés à l’AISD (et qui donnent droit à un reçu fiscal, avec 66% d’abattement, comme pour toute association) ainsi que des revenus locatifs de commerces environnant la mosquée (les boutiques situées sous les arcades de la rue du Maréchal-Leclerc) et de logements (l’ancien parking de la rue Alexis-de-Villeneuve verra prochainement émerger un immeuble avec des logements et des commerces). Ces ressources sont essentielles car la mosquée est une véritable entreprise, avec cinquante salariés : trente-cinq ministres du culte et quinze personnes qui entretiennent les lieux. Soixante mille euros partent ainsi, chaque mois, dans les salaires. D’autres fonds sont ensuite nécessaires pour sa réfection et sa modernisation : la mosquée a sa page Facebook, son site Internet et même une radio sur laquelle il est possible d’écouter les prières à distance.

Sa modernité semble s’arrêter là, car la tradition domine par bien des côtés : les appels à la prière ne sont jamais enregistrés. Avec un micro posé dans un petit coin de la mosquée, les plus belles voix des fidèles se propagent chaque soir dans Saint-Denis. Les femmes aussi ont une place bien délimitée. Si elles ont également accès aux lieux, elles y entrent par une porte dérobée de la rue Jules-Auber et descendent, au sous-sol, dans une salle qui leur est réservée. Quant à la rupture du jeûne en période de ramadan, « elles n’ont pas d’endroit dédié comme les hommes car, avec les enfants, elles préfèrent le faire chez elles. »

 

Texte : M. W. / Photos : R. P.