Adieu prison

Adieu prison

La prison Juliette-Dodu ne sera plus un lieu d’enfermement pour la première fois depuis trois siècles : elle a été vendue.   Le lieu commun serait de parler de “page qui se tourne”. Peut-on vraiment utiliser cette expression quand il s’agit de la prison Juliette-Dodu, et que la page en question est quasiment épaisse  de trois cents ans ? Voilà donc que ces bâtiments  de centre-ville, lieux faisant partie de l’histoire dionysienne mais plus sûrement encore réunionnaise, vont – enfin – trouver preneurs. C’est la SHLMR, bailleur social, qui a acheté le lieu pour quelque 1,9 million d’euros. Voilà en effet cinq ans que les détenus, le personnel, bref tous les occupants ont été transférés à Domenjod. Cinq ans que ces quelque 4000 mètres carrés sont inoccupés, à l’abandon. Que vont-ils devenir ? Le cahier des charges était strict ; on ne fait pas n’importe quoi de pareil morceau d’histoire. La SHLMR aura plusieurs engagements à tenir. D’abord, plusieurs parties du bâtiment possèdent des éléments patrimoniaux, historiques et architecturaux dignes d’être conservés. Les bâtiments actuels étant le résultat d’un patchwork de constructions prévues pour agrandir une prison sans cesse trop petite au cours de l’Histoire, seuls quelques-uns ont un intérêt aux yeux de l’Architecte des bâtiments de France. De plus, il y a un an, des fouilles ont mis au jour quelques éléments de la construction initiale, datés du XVIIIe siècle. Voilà peut-être le bout du fil d’une pelote que le futur propriétaire devra s’engager à continuer de démêler, afin d’en savoir un peu plus sur un des plus vieux bâtiments de l’Île. Puis, l’état, propriétaire des lieux, a imposé aux candidats au rachat – ils étaient trois – la construction de logements sociaux, qui devront occuper la majeure partie de la surface. Des voies piétonnes devront aussi être percées, des commerces installés, afin de faire de cet ancien lieu de mort – les exécutions capitales y avaient lieu – un lieu de vie.  Le symbole n’est pas mince.

 

 

Texte : L. C. / Photos : S. R.